Le mode d'emploi que des clubs écrivent pour désactiver le pourboire
Il existe un genre littéraire discret, produit par des bénévoles de clubs : le tutoriel « comment ne pas payer le pourboire ». On le trouve en PDF sur le site du club, en encadré rouge sur un formulaire d’inscription, ou en actualité sur la page d’accueil. Son objet est toujours le même : prévenir l’adhérent qu’au moment de payer sa cotisation en ligne, une contribution s’est ajoutée toute seule, et lui montrer, capture d’écran à l’appui, comment la ramener à zéro.

Ces documents sont intéressants parce qu’ils ne viennent ni d’un concurrent, ni d’un journaliste : ils viennent des clubs eux-mêmes. Des clubs qui utilisent ces plateformes, souvent avec satisfaction, mais qui passent du temps à désamorcer un point d’interface qu’ils n’ont pas choisi.
De quel pourboire parle-t-on ?
Plusieurs plateformes très utilisées par les associations proposent un paiement « sans frais pour l’association ». Leur modèle : se financer grâce à une contribution volontaire laissée par l’utilisateur au moment de payer, plutôt que par une commission. Certaines en font leur unique source de revenus ; d’autres l’appellent leur « mode pourboire », en alternative à une commission classique.
Nous ne nommerons aucune de ces plateformes ici : le sujet n’est pas telle ou telle marque, mais un mécanisme d’interface qu’on retrouve, à des degrés divers, sur plusieurs d’entre elles.
Sur le principe, rien à redire : une plateforme gratuite a parfaitement le droit de demander un soutien pour vivre. Ce qui fait réagir les clubs, c’est un détail d’interface :
- la contribution est présentée par défaut, avec un montant déjà suggéré (souvent 10 à 20 % du total) ;
- pour la réduire ou la retirer, il faut la repérer, cliquer sur « Modifier », faire glisser un curseur jusqu’à 0 €, parfois décliner une relance ;
- beaucoup d’adhérents ne remarquent ce montant qu’au moment de valider — voire après.
Et surtout : cette contribution n’est pas reversée au club. Elle finance la plateforme.
Ce que les clubs écrivent à leurs adhérents
Les exemples ci-dessous sont réels ; nous avons choisi de ne nommer ni les structures, qui n’ont rien demandé et cherchaient simplement à aider leurs membres, ni les plateformes concernées. Les mots, eux, sont ceux des clubs.
Un club de randonnée publie un tutoriel de paiement de cinq pages, captures à l’appui, qui accompagne l’adhérent jusqu’à mettre la contribution à zéro :
« La plateforme a ajouté une contribution au fonctionnement. Cette contribution n’est pas pour le Club mais pour cette plateforme de paiement. »
« Attention, en aucun cas le club ne pourra vous rembourser la contribution si vous avez omis de la supprimer, car elle est perçue par la plateforme. »
Ce dernier point est le vrai nœud : si l’adhérent oublie de retirer la contribution, le club ne peut pas la lui rembourser — seul un remboursement total de la transaction est possible.
Une association d’anciens élèves, pour son évènement anniversaire, ouvre son mode d’emploi par un avertissement :
« C’est un excellent support, cependant soyez vigilant lors du paiement : par défaut, la contribution est fixée à plus de 10 %. […] Libre à vous de payer cette contribution ou pas. »
Une école de danse, elle, va à l’essentiel avec une seule ligne sur son formulaire d’inscription :
« Attention, mettre 0 euro pour la contribution. »
Le réflexe dépasse ces trois cas : un club de ski a consacré une actualité entière au sujet, une association enseignante a créé une page dédiée, et même une structure regroupant des élus locaux diffuse une notice « modifier ou supprimer la contribution ». Quand une fédération sportive elle-même précise, dans sa FAQ aux clubs, qu’on peut « fixer à zéro » la contribution, c’est que la question revient souvent.
Ni fraude, ni scandale — mais un coût caché
Soyons justes. Aucun de ces clubs ne parle d’arnaque, et nous non plus. Ces plateformes rendent de vrais services, l’argent de la cotisation est intégralement reversé, et le prélèvement de la contribution passe généralement par une case à cocher : le consentement est demandé.
Reste que le consentement porte sur un montant déjà inscrit à votre place. Et une case posée juste à côté du « J’accepte les conditions générales » se coche souvent par réflexe, comme on accepte des CGU sans les lire. Le problème n’est donc ni juridique, ni moral : il est pratique.

Ce coût-là ne se lit pas sur une facture. Il se compte en temps de bénévole — écrire, mettre à jour, diffuser un tutoriel pour neutraliser une option — et en frictions : l’adhérent qui écrit au trésorier, perplexe d’avoir payé 3 € de plus, et le trésorier qui doit expliquer qu’il n’y peut rien.
Un pourboire, par définition, part de zéro. Quand il faut publier un mode d’emploi pour y revenir, c’est que le point de départ a été déplacé. Nous avons détaillé ce mécanisme, et ce qu’en dit le code de la consommation, dans notre article sur le pourboire activé par défaut.
Notre parti pris
Chez Intraclub, nous avons tranché autrement : pas de contribution pré-remplie, pas de curseur à faire glisser, pas de tutoriel à écrire pour vos adhérents. Un prix clair, annoncé, et c’est le seul. Vos membres paient ce qu’ils doivent au club — ni plus, ni moins.

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